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KAROLINE ROSE : RASSEMBLER POUR MOINS REGNER

30/07/2016

Crédit photo : Bassem Ajaltouni

 

 

Son allure et sa personnalité ne laissent pas indifférent, mais c’est avant tout sa musique qui donne le la.

 

S’il est si difficile de la définir et plus malaisé encore de la classer, c’est que Karoline Rose s’attèle à semer le doute en mêlant les influences, les registres, les styles et même les langues, avec un objectif ultime : décloisonner les genres et rassembler autour de sa musique, à l’heure où la musique aseptisée et uniformisée règne sans partage.

 

Entretien avec une artiste à retrouver le 2 septembre au Point Ephémère lors de la grande soirée « A nous la nuit ! ».

 

Tu as commencé à écrire et à composer très tôt et tu as mené diverses expériences musicales très variées, qui vont du télécrochet en passant par le métal et la comédie musicale. Est-ce que tu peux revenir sur les expériences qui ont forgé le style « Karoline Rose » ?

 

C’est vrai que j’ai exploré plusieurs registres et j’ai emmené mes chansons un peu partout : je suis partie aux Etats-Unis où j’ai fait des morning shows sur Fox News, j’ai aussi joué en Finlande, en Russie, et ça m’a permis d’accumuler beaucoup d’expérience.

 

Ça a été enrichissant parce que le milieu de la comédie musicale et de la télé m’a appris ce qu’est l’entertainment.

 

La première pièce dans laquelle j’ai joué s’appelait « La mécanique des anges », c’était une pièce de danse. Ils recherchaient déjà une sorte de Nina Hagen et ça m’a appris à danser.

 

C’est amusant parce que ce que je faisais avant (télécrochet, comédie musicale…) était couvert par un certain type de média, plutôt conservateur, et ce que je fais maintenant intéresserait plutôt des médias du style de France Inter. Mais c’est de la musique, on s’en fiche ! Mon but ultime serait de décloisonner tout ça.

 

Est-ce qu’artistiquement le projet « Karoline Rose » est la dernière étape de ton évolution musicale ?

 

Là, je vais rester un petit moment avec cette formation. Grâce à Babx (le travail de Karoline Rose est produit par l’artiste français Babx, sur son label BisonBison, NDLR), j’ai la sensation d’avoir trouvé le mélange qui me va bien, peut-être un peu moins dans un format pop, mais qui est beaucoup plus en adéquation avec toutes ces influences qui n’ont rien à voir et qui pourtant forment mon style. Je veux défendre ça et sortir mon album pour le moment.

 

Il faut être libre avec la musique, et je pense qu’il faut constamment évoluer.

 

Tu chantes en anglais, et plus rarement en allemand et en français. Comment jongles-tu avec ces différentes identités ?

 

Je suis Franco-allemande, et je n’ai pas vraiment de langue de référence. Un jour, on m’a demandé dans quelle langue je rêve, et honnêtement je n’en sais rien !

 

Je suis plus à l’aise avec l’anglais parce que j’écris en anglais depuis que j’ai 11-12 ans et parce qu’il y a un aspect universel qui me plaît beaucoup, qui me permet de toucher davantage de personnes.

 

Pour l’allemand, c’est plutôt une volonté de déranger et de réhabiliter cette langue. On m’a souvent balancé que ma langue était moche, je me suis dit : « la langue moche, je vais vous la servir hyper vite et hyper fort ! »

 

Quels sont les thèmes qui t’inspirent ?

 

Il y a un certain sentiment de revanche, des injustices qui me travaillent. Ce sont des injustices qui m’ont touchée en tant que femme, guitariste, qui fait du rock et du métal, avec toutes les difficultés et les clichés que ça implique.

 

En passant d’un pays germanique à un pays plutôt latin, j’ai aussi constaté que la place de la femme était plus ambiguë ici, et ça me touche beaucoup. On exige d’une femme qu’elle soit mignonne, sexy mais pas trop, et ça me semble compliqué d’être en permanence à sa juste place en société ici.

 

Mes morceaux sont aussi inspirés de mes expériences personnelles. Ma vie a été remplie d’expériences joyeuses et moins joyeuses, et je les mets en musique pour pouvoir les partager avec le public, comme quand j’écoute le deuxième album de Hole, Live Through This, ça me fait ressentir plein de choses. Et si je peux jouer ce rôle-là, de donner un truc à écouter aux gens qui les fasse réfléchir, ce serait vraiment un but.

 

Il y a des sujets très graves, le viol en fait partie, qui sont difficiles à mettre en musique mais j’essaye de le faire et je crois que c’est essentiel. Ce sont des sujets dont on n’a pas vraiment le droit de parler, et quand on le fait, on nous dit : « attention, il y a une manière de le faire ». Moi, je pense que ce sont des sujets dont il faut parler, point.

 

Est-ce que tu peux me parler de tes influences musicales ? Quels sont les artistes qui t’ont le plus influencée ?

 

Quand j’avais douze ans, j’ai découvert Hole, le groupe de Courtney Love. J’ai grandi en Allemagne, où à la télé il y a beaucoup de chaînes qui passent de la musique alternative et je me suis dit « Courtney Love existe, donc j’ai une porte de sortie, c’est bon pour moi, je peux m’en sortir ».

 

J’ai aussi découvert Devin Townsend quand j’avais 16 ans, et ça a été une révélation musicale : il proposait la musique de Queen en beaucoup plus violente, il en faisait des morceaux avec des harmonies majeures, quelque chose de beaucoup plus inattendu.

 

Ce sont les deux phases qui m’ont ouvert l’esprit. Mon frère faisait du hip-hop en Allemagne donc j’en ai aussi beaucoup écouté. Michael Jackson m’a aussi beaucoup marquée dès mes 6-7 ans. J’ai toujours aimé l’énergie, les choses intenses, et j’ai toujours su que j’avais envie de faire un mélange un peu particulier.

 

Aujourd’hui, M.I.A est une grosse influence, Radiohead et Björk aussi, évidemment.

 

Dans un autre registre, Nina Hagen, ce n’est pas vraiment une influence musicale, c’est une influence tout court. Sa personnalité est incroyable, et elle est à l’avant-garde.
J’ai toujours aimé les artistes novateurs : MIA, PJ Harvey, Nina Hagen… elles ont toujours été en avance.

 

A la manière des artistes féminines que tu évoques, tu as joué des femmes à la forte personnalité (Solène dans 1789 Les amants de la bastille, Nina Hagen, plus récemment, au festival d’Avignon). Aujourd’hui, tu évolues dans un milieu très masculin et dont les codes sont largement associés à la virilité et de la même manière, tu assènes ta féminité sur scène et dans tes clips. Est-ce que tu en fais une revendication ?

 

C’est vraiment quelque chose de naturel. Je me suis toujours sentie différente. D’ailleurs je ne parlais même pas de féminisme, parce que je ne voyais pas bien ce que ça voulait dire, jusqu’à ce qu’on me fasse remarquer que j’en étais une naturellement. Ce qui m’importe, c’est de casser les codes.

 

J’ai l’impression que le monde est de plus en plus ouvert, et pourtant, les styles, les genres, les registres, sont de plus en plus cloisonnés, et la scène musicale a tendance à s’appauvrir.

 

Je pense qu’aujourd’hui les professionnels qui sont à la charnière entre les artistes et le public sont vraiment responsables de la situation. Ils sont peu ouverts d’esprit et ne comprennent pas qu’un artiste n’est pas forcément limité à un style que le public comprendra tout de suite, mais que le rôle de l’artiste est avant tout de casser constamment les codes pour donner à réfléchir. L’artiste n’a pas à être logique et sur scène, j’essaye d’accentuer cette dynamique.

 

Aujourd’hui encore, les femmes sont moins présentes dans le milieu des musiques actuelles et de la culture en général (elles sont moins programmées, leur travail est moins reconnu que celui de leurs homologues masculins). A quoi cela est-il dû selon toi ?

 

Dans un débat au festival d’Avignon, j’ai constaté que même les hommes qui sont à ces postes-là (directeurs de théâtre, responsables de la programmation culturelle…) reproduisent une forme de patriarcat. Ils acceptent le progrès sur le papier, mais dans les faits, lorsqu’une femme est en poste, il faut tout de même qu’il y ait un homme qui lui dise quoi faire et quoi dire.

 

C’est triste, mais on a la sensation qu’à l’heure actuelle, le seul moyen de se faire entendre d’un homme qui occupe une place importante, c’est d’avoir plus d’argent que lui. On vit dans un monde où l’argent fait le pouvoir, et les mentalités n’évolueront pas tant que les personnes qui sont aux postes de décision reproduiront cette forme de patriarcat.

 

Tu te produiras lors de la soirée de sensibilisation « À nous la nuit », qui vise à ce que chacune et chacun puisse profiter de la nuit comme il/elle l’entend. Qu’est-ce que ça représente pour toi, la nuit ?

 

La nuit, ça m’évoque d’abord mon métier. Sortir de scène, aller prendre un verre, faire la fête ! Ça m’évoque beaucoup de choses positives, mais dont je dois parfois me priver, parce que si je sors, je dois rentrer en métro, en RER, et que comme toutes les femmes, j’ai déjà été importunée dans les transports. Alors on évite de sortir.

 

C’est une situation difficile et on en éprouve une certaine frustration, et ça, ça nourrit les morceaux, parce que je ne vois pas pourquoi on devrait subir ça!

 

La nuit, c’est sucré/salé : c’est plaisant mais ça peut faire peur.

 

Le mois de septembre 2016 sera donc l’occasion de te retrouver sur scène au Point Ephémère, mais aussi de découvrir ton nouvel EP, qui paraîtra à la rentrée. Est-ce que tu peux nous en parler ?

 

Il est composé de trois titres extraits de mon nouvel album, qui est déjà écrit et réalisé, et qui sortira début 2017.

 

Le titre phare de cet EP sera Bye Bye Month of May, qui sera adapté en vidéo par Gaëtan Chataigner, qui a réalisé les clips de Philippe Katerine. Il y aura également une reprise en allemand de Deine Kleine Schwester, du groupe Schwester S, et Goodbye, une jolie ballade qui parle d’un chagrin d’amour.

 

On garde pas mal de choses sous le coude pour l’album. Les morceaux de l’EP et de l’album sont très différents les uns des autres, mais Babx, qui produit mon travail, est vraiment parvenu à établir une belle cohérence entre eux.

 

Côté scène, après m’être produite le 2 septembre au Point Ephémère, je jouerai en première partie de Toybloïd le 1er octobre au Plan, à Ris-Orangis.

 

Propos recueillis par Paul Mougeot.

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